La prétendue "ouverture" de Miller

Laurent Jézéquel - ajouté le 2005-04-13

Elle est apparemment intellectuelle. Il accepte les collaborations amicales, se réservant le droit de trancher l'interprétation des textes. Elle est en réalité médiatique. Il sort de son bunker de la Cause et vient s'exposer sur un média d'un type très particulier, au milieu de ses "collègues" : le "chat" du site dipe.org. Le "chat" est un espace qui a l'air semi-privé et semi-public mais qui n'est ni l'un ni l'autre, car il ne garantit ni la discrétion d'un espace privé ni la responsabilité d'un espace public. C'est le lieu idéal de la rumeur, de l'injure sans risque et de la camaraderie sans engagement. Aujourd'hui c'est sur ces "chats" que se livrent les grandes batailles de communication entre puissances économiques mondiales, par exemple dans l'agro-alimentaire.

Ce faisant, Miller crée un dispositif dans lequel il compte bien piéger ses interlocuteurs alliés et adversaires

Stratégie millerienne en direction du public psy

Premier avantage du "chat". La star s'offre au contact des "chatteurs" plus ou moins anonymes, les flatte, gagne leur sympathie.

Deuxième avantage. En s'exposant sur le "chat", la star provoque son meilleur interlocuteur à lui porter un coup, faisant de celui-ci un intéressant objet médiatique : quelqu'un qui "balance" (ça ne veut plus dire dénoncer aux flics, ça veut dire rompre avec le politiquement correct et sa forme extrême l'omerta). Ainsi assure-t-il de l'audience au média qui l'héberge (ici le site Oedipe). À celui qui "balance", il sera toujours reproché d'en dire trop ou pas assez. On ne retiendra pas qu'il s'est voulu réservé, équilibré. Passent les "balanceurs", résistent les "balancés".

Sans compter que dans ce milieu psy, on dira que rompre l'omerta c'est trahir le secret du divan.

Troisième avantage. En recevant des coups en public, la star acquiert la position de la victime, au sens moderne du terme : celui qui reçoit des coups, même si ces coups viennent en réponse de ceux qu'il a donnés (cf. François Hollande : "si vous voulez combattre Chirac en votant non à la Constitution, vous vous trompez de victime", Chirac combattu étant donc désigné comme victime par un socialiste !). Recevoir des coups devant témoins, c'est aujourd'hui désigner celui qui les donne comme "incorrect", donc le disqualifier. Les médias grand public le savent et refusent habituellement de publier les propos de ceux qui échangent des coups. D'où le succès des "chats"

La question des personnalités

Avec les "personnalités" Miller applique la loi du milieu médiatique :"Je te fais de la pub, tu me fais de la pub". L'Agence Lacanienne de Presse sert à ça. C'est plein de mots gentils pour toutes les personnalités souffrant d'usure médiatique. Ainsi Miller "tient" les personnalités à qui il a rendu un service médiatique. Lorsqu'il est désigné comme "fasciste", elles prennent l'accusation pour elles et ne songent qu'à se venger.

La base stratégique de Publierlacan.org

Le point fort de votre position, c'est l'avance que vous avez en ce qui concerne l'établissement du texte des séminaires. Tous ces travaux de relevés d'erreurs. Cela mériterait une campagne de presse. Car faire savoir au grand public que la Victime est inculte, voilà qui obligera les personnalités à plus de prudence. Et puisqu'il est question de "victimes", il faudrait en appeler aux simples lecteurs, ceux qui achètent les bouquins de Lacan édités par Miller et qui en sont pour leur argent. Publierlacan pourrait devenir le comité d'action des lecteurs de Lacan en colère.